Ange777
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posté le 2009-09-19 à 15:24:16
APPRIVOISER SON OMBRE
Le côté mal aimé de soi
Jean Monbourquette
Ed. Novalis Bayard, 2001
1er CHAPITRE : L’OMBRE ? UN TRESOR INEXPLORE ET INEXPLOITE
QU’EST-CE QUE L’OMBRE ?
C’est tout ce que nous avons refoulé dans l’inconscient par crainte d’être rejeté par les personnes qui ont joué un rôle déterminant dans notre éducation. Pour leur plaire, nous avons relégué des portions de nous-mêmes aux oubliettes de l’inconscient, nous avons refoulé tout ce qui pouvait paraître déviant, honteux ou répréhensible. Par besoin de reconnaissance, nous nous sommes conformés aux exigences, aux règles et aux lois de notre milieu.
Peu à peu, il s’est construit au fond de nous- même un vaste monde sous-terrain fait de répressions et de refoulements accumulés au fil des années.
Pour apprivoiser son ombre et en révéler toute sa richesse, il faut réintégrer dans la zone du conscient tous ces éléments occultés de son être et se les réapproprier. Ceci est important pour la croissance psychologique et sociale, ainsi que pour le développement moral et spirituel.
B. POURQUOI TRAVAILLER SON OMBRE ?
En ignorant son ombre, on s’expose à des déséquilibres psychologiques : tendance à se sentir stressé et déprimé, tourmenté par des sentiments d’angoisse, d’insatisfaction de soi-même, de culpabilité, ou même de dépendance (alcoolisme ou toxicomanie).
On devient susceptible de se laisser emporter par nos impulsions : jalousie, colère mal gérée, ressentiment, inconduite sexuelle, gourmandises…
- Pour améliorer la connaissance de soi
- Pour améliorer l’estime de soi
Comment pourrait-on s’aimer et avoir confiance en soi, si une partie de soi est ignorée et agit contre nos propres intérêts ?
- Pour améliorer la créativité
Apprivoiser son ombre permet de mettre au jour d’immenses potentialités restées enfouies à l’état sauvage dans l’inconscient.
C- APPRIVOISER SON OMBRE POUR AVOIR DE SAINES RELATIONS SOCIALES
Perturbations causées par la projection de l’ombre
Si l’ombre n’est pas reconnue et accueillie, elle forcera l’entrée dans l’inconscient sous forme de projections sur autrui. La perception du réel est perturbée, les traits ou qualités qu’on a refusés de voir en soi sont attribués à d’autres. On a alors tendance soit à idéaliser, soit à mépriser, soit à avoir peur des porteurs de ses projections.
Si quelqu’un projette ses propres défauts ou faiblesses sur une autre personne, comment peut-il l’aimer ? Elle aura plutôt tendance à l’énerver ou la hanter, ce qui pourra être source de conflit.
La connaissance des jeux, reflets et effets de l’ombre est un atout précieux pour les médiateurs charger d’arbitrer des conflits.
D- REINTEGRER SON OMBRE POUR LE DEVELOPPEMENT DE LA VIE MORALE
Les codes moraux d’une culture déterminent ce qui est permis et ce qui est interdit. Pour s’y conformer, la personne est amenée à refouler certaines qualités morales que le milieu considère comme peu importantes et parfois inacceptables. Si elle n’apprend pas à se libérer de certains conditionnements imposés par une culture donnée, elle risque de laisser inexploité tout un ensemble de valeurs négligées par son milieu.
E- REINTEGRER SON OMBRE EN VUE D’ASSURER SA CROISSANCE SPIRITUELLE :
(développement plus loin)
2ème CHAPITRE : LA CONCEPTION JUNGIENNE DE L’OMBRE
Jung décrit l’ombre comme « l’autre nous », la personnalité inconsciente de l’autre sexe ou encore, « l’autre qui nous embarrasse et qui nous fait honte ». Il la définit comme le côté négatif de la personnalité, la somme de toutes les qualités désagréables que nous avons tendance à détester et à cacher, ainsi que les fonctions insuffisamment développées.
L’auteur ajoute cependant que l’ombre n’est pas quelque chose de mal en soi.
L’ombre est une métaphore pour décrire le matériau refoulé et cristallisé dans l’inconscient.
Si l’ego est l’endroit conscient de la personne, l’ombre en est l’envers inconscient.
Elle prendra d’immenses proportions pendant le sommeil où elle se faufile dans nos rêves, comme si la part de vérité que nous avons voulu occulter devait être rétablie.
LES DIVERSES FORMES D’OMBRE
- L’ombre noire
Elle résulte de tout instinct refoulé, tels ceux de la sexualité et de l’agressivité. Elle se manifeste surtout chez les personnes ayant acquis une réputation de droiture et de vertu.
- L’ombre blanche
Elle provient soit du manque de développement, soit du refoulement d’une tendance vertueuse et spirituelle. Elle tire son origine de la pression qu’un milieu familial et social a exercée dès le plus jeune âge, en imposant des normes de conduite.
- L’ombre familiale
Les familles peuvent transmettre des zones d’ombre qui résultent de refoulements collectifs.
Ainsi, des évènements tragiques peuvent se transformer en mythe. Par exemple, des deuils mal gérés ou des scandales familiaux peuvent continuer de hanter ou constituer des secrets bien gardés.
De plus, les blessures et les drames restés inconscients dans la mémoire de la famille ont tendance à se reproduire d’une génération à l’autre, sans que les descendants en connaissent vraiment l’origine parfois. (ex : peur irrationnelle de l’eau perpétuées chez tous les descendants d’une famille où les arrières grands-parents ont perdu deux enfants par noyade).
Dans toutes les familles, de façon plus ou moins consciente, des parents interdisent à leurs enfants d’exprimer certaines émotions ou d’exploiter telle qualité ou tel talent. Ces derniers, craintifs et sensibles au moindre risque de rejet, observent les interdits parentaux !
Voici quelques unes de ces injonctions familiales : n’existe pas ; ne sois pas toi même ; ne sois pas un garçon (une fille) ; ne grandis pas ; ne sois pas un enfant ; ne t’engage pas ; ne ressens pas….
Parfois, l’ombre de toute la famille se concentre sur un seul de ses membres, c’est « le mouton noir » qui dévie des règlements et normes de la famille. Il a pour fonction d’assurer l’équilibre d’un système familial déficient.
- L’ombre institutionnelle
Les communautés humaines sont enclines à privilégier certaines valeurs au détriment d’autres. Ainsi, l’ombre du fondateur d’une communauté, avec ses tabous et interdits, laissera son empreinte sur l’ombre du groupe. Si une institution est incapable de reconnaître son ombre, elle aura tendance à dévier de ses objectifs, et pire, elle risquera de promouvoir malgré elle, ce qu’elle tente d’éviter !
- L’ombre nationale
Plus une nation s’isole, plus elle s’aveugle sur ses défauts et ses déficiences, et plus elle aura tendance à projeter ses peurs sur des nations voisines. Seul le contact d’un peuple avec un autre permet de reconnaître les propres lacunes et défauts du caractère national.
Tant qu’on n’a pas appris à connaître et à apprécier les mœurs étrangères, on peut nourrir des préjugés créés par notre propre ombre nationale.
3ème CHAPITRE : LA FORMATION DE L’OMBRE
LA FORMATION DE LA PERSONA (OU EGO IDEAL)
C’est le moi social résultant des efforts d’adaptation déployés pour se conformer aux normes sociales, morales et éducationnelles de son milieu.
Les efforts réalisés pour s’adapter aux comportements « corrects » exigés par la collectivité, jouer des rôles et adopter les valeurs transmises par celle-ci peuvent amener à perdre sa propre originalité. Il se créé ainsi une opposition radicale entre le moi social et le moi intime.
On se trouve alors confronté à devoir s’adapter à son entourage, sans pour autant négliger le développement de son moi intime.
Il est nécessaire que l’enfant, dans sa socialisation, puisse respecter les aspirations profondes de son moi intime. Pour cela, quand il faudra fixer des limites aux comportements déviants de l’enfant, on évitera de le forcer à réprimer ses émotions et ses sentiments. Au contraire, il faudra reconnaître toute son émotivité et ses tendances instinctuelles.
Par exemple, un éducateur peut interdire à un enfant en colère de frapper son camarade, tout en reconnaissant la légitimité de ressentir de la colère. Il évitera d’une part le refoulement de la colère et d’autre part, il l’incitera à inventer des manières positives pour l’exprimer.
B- PERSONA ET FAUX MOI
Si l’enfant, dès son jeune âge, subit trop de frustrations, son adaptation au monde maternel se réalisera sur un mode défensif. Le développement normal de son moi social est alors stoppé, et il se bâtit une persona pathogène : son faux moi ne cherche plus à s’adapter au milieu d’une façon normale mais il cherche au contraire à s’en protéger comme d’un milieu hostile.
Il n’ose plus exprimer ses vrais sentiments et émotions pour ne manifester que ceux qu’il croit recevables par ses éducateurs (sentiments racket en Analyse Transactionnelle).
C- FORMATION D’UNE OMBRE VIRULENTE ET DISSOCIEE
Il existe deux formes d’inhibition personnelle :
- La répression : elle résulte de l’inhibition volontaire d’une émotion ou d’une attitude. Elle est consciente, réfléchie et volontaire. Elle ne crée habituellement pas d’ombre chez le sujet.
- Le refoulement : il consiste à rejeter un potentiel psychique dans l’inconscient sans même en avoir conscience.
Il existe deux types de refoulement :
a- le refoulement survient, faute d’occasions favorables à l’apprentissage. L’ombre découlant de ce potentiel non exploité prendra une allure primitive et inculte mais non agressive. Au moment de ses premiers contacts avec la société, l’enfant aura l’air frustre et ignorant des règles élémentaires de la vie en société.
b- le refoulement découle d’interdictions sévères de l’entourage. L’ombre qui en découle présente un caractère virulent et autonome.
En raison d’un mimétisme difficile à expliquer, l’ombre de la personne blessée prend inconsciemment les traits de celui qui l’a blessée, et pourra même aller jusqu’à perpétuer l’agression qu’elle aura elle même subie (par exemple elle s’accusera, se blâmera ou bien même se mutilera).
Prisonnière de cette ombre virulente, cette personne sera condamnée à vivre une alternance d’accès de masochisme et de sadisme par des gestes violents ou des perversions sexuelles par exemple.
L’ombre peut faire office de « sac à déchets ». En effet, chaque fois qu’on refoule une émotion, une qualité, un trait de caractère ou un talent, c’est comme si on jetait des parties de soi dans un sac à déchets. Durant les trente premières années de sa vie, on est occupé à le remplir de riches éléments de son être, et pendant le reste de sa vie, on fouille dedans pour récupérer et tenter de développer les aspects de sa personne qu’on y a enfouis.
Liste de quelques interdits couramment rencontrés
interdit de devenir soi même (interdit de grandir, d’être une femme ou un homme, d’être fier de soi…)
interdits portant sur les émotions (interdit d’exprimer de la peur, de la colère, de la tendresse, d’aimer le plaisir sexuel…)
interdits portant sur les apprentissages (interdit d’apprendre ou de se sentir ignorant, de faire des erreurs…)
interdits portant sur l’intimité (interdit de manifester son affection par des paroles, des gestes…)
interdits portant sur l’affirmation de soi (interdit de demander ou de refuser, d’exprimer son opinion, d’être fier de soi, de se sentir aimable…)
De tels interdits ont souvent pour effet de freiner la connaissance et le développement de ses richesses personnelles. Pour exploiter ces richesses enfouies dans notre inconscient, il nous faudra les retirer une à une de notre « sac à déchet », et se donner le droit de les exploiter.
4ème CHAPITRE : EMBRASSER SON OMBRE
Selon Jung, le travail de réintégration de l’ombre consiste à la reconnaître, à l’accepter comme faisant partie de soi même, et à la réintégrer dans l’ensemble de notre personnalité. La personne qui parvient à embrasser son ombre devient un être complet et unique.
Sa conception du développement de la personne souligne la nécessité d’harmoniser l’ego conscient et l’ombre. Pour lui, ces deux entités psychiques doivent maintenir leur opposition à l’intérieur d’un système équilibré (comme le yin et le yang), sans survaloriser ou dévaloriser l’une ou l’autre.
A- TROIS IMPASSES A EVITER DANS LE TRAVAIL DE L’OMBRE
1/ S’identifier à son ego-idéal (persona) en excluant son ombre
Cela entraîne la négation des pulsions de son ombre et de son existence. Il en découle une anxiété incontrôlable à la moindre infraction aux règles. Une telle personne, très attentive à deviner les attentes réelles ou imaginaires de son milieu, finira par renoncer à satisfaire ses aspirations légitimes.
C’est le type du perfectionniste. La tension psychique résultante provoquera toutes sortes de réactions : obsessions, peurs incontrôlables, écart compulsif sur le plan moral, épuisement psychologique, état dépressif…
2/ S’identifier à l’ombre seulement
L’individu adopte alors toutes sortes de comportements déviants, instinctuels, infantiles, régressifs… La vie en société lui est impossible, car il a tendance à laisser libre cours à tous ses penchants sadiques, jaloux, envieux, sexuels et autres, bref, il vit sous la coupe de ses désirs. (exemple du docteur Jekyll qui devient son ombre au travers de sa transformation en Mr Hyde)
3/ S’identifier tantôt à l’ego, tantôt à l’ombre
L’individu entretient une double vie en prenant des libertés sur ses principes moraux, comme par exemple en vivant des aventures sexuelles, des excès de boisson, des accès de colère. Il est souvent prisonnier d’un cycle infernal. C’est le cas des alcooliques : sous l’influence de l’alcool, leur ego sobre et exemplaire chavire dans leur ombre alcoolique. Ils révèlent alors souvent des côtés opposés à ceux de leur côté sobre.
Les personnes ballottées entre les aspirations de leur ego et les impulsions de leur ombre sont susceptibles de sombrer cycliquement dans un marasme psychologique et spirituel.
B- COMMENT GERER LA MONTEE PROGRESSIVE DE SON OMBRE
1 / Assumer la tension entre l’ego et l’ombre
Nous sommes tous, un jour ou l’autre, confrontés à des émotions ou pulsions irrationnelles et instinctuelles. Il nous faut apprendre à ne pas leur donner libre cours, et à ne pas les refouler.
Nous devons simplement reconnaître que ces mouvements font partie de notre dynamisme interne et les accepter, sans chercher à nous en défaire. Cette attitude d’accueil évite le refoulement et permet au contraire de les apprivoiser.
2/ Harmoniser l’ego-idéal et l’ombre en faisant appel au Soi (ou Moi profond)
Un sentiment d’impuissance gagne celui qui tente de sortir de cette tension psychique par les seuls efforts rationnels et volontaires de l’ego. L’unique recours est de s’abandonner à une instance psychique supérieure, le Soi. Jung voit dans le Soi le principe divin présent au cœur de tout individu, ou encore le centre de créativité et d’intégration de la personne.
3/ Transcender la situation que crée le conflit de l’ego et de l’ombre
- Le sacrifice de l’ego
L’ego doit d’abord lâcher prise, même s’il a tendance au contraire à renforcer son contrôle sur sa personnalité. Il doit se montrer prêt à se sacrifier, c’est à dire à abandonner sa prétention d’être le centre psychique et de vouloir tout gérer de son point de vue (cf la parabole du grain de blé qui doit pourrir pour donner un épi).
La mort de l’ego lui donne une nouvelle vision du monde, celle du Soi : le mal est vaincu, la vie renaît de la mort, l’amour divin ressuscite ce qui était perdu.
- L’action polarisante du Soi
Pour sacrifier son ego, il est nécessaire de s’abandonner à la sagesse du Soi et à sa puissance d’intégration. Cela exige courage et confiance dans le pouvoir de guérison et d’intégration du centre spirituel de son être. Grâce à la fonction transcendante du Soi, des symboles unificateurs sont produits, permettant ainsi de nouvelles synthèses psychiques.
- L’émergence de symboles sacrés au moment de la réintégration par le Soi
La conciliation entre le moi et l’ombre est perceptible par la conscience, quand surgissent en elle des symboles sacrés. Leur manifestation à l’occasion d’activités artistiques, d’imageries mentales ou de rêves signifie l’avènement d’une libération intérieure et d’une compréhension élargie de soi. Une personne qui reçoit de telles révélations intérieures voit se réaliser progressivement en elle son individualité propre, qui constitue sa manière unique d’être une image de Dieu. Elle acquiert alors une profonde connaissance d’elle-même et de sa mission dans le monde.
5ème CHAPITRE : RECONNAITRE SON OMBRE
Il faut d’abord reconnaître sa présence en soi et l’accepter comme une partie intégrante de sa personne.
A- STRATEGIES POUR RECONNAITRE SON OMBRE
1/ Découvrir le côté occulté de sa personne à l’aide de questions
Quels sont les aspects les plus flatteurs de votre ego social, ceux que vous aimeriez voir reconnus par les autres ?
Si par exemple on a voulu passer pour une personne douce et généreuse, on aura probablement dû refouler notre agressivité et notre égocentrisme.
Quels sujets de discussion avez-vous tendance à éviter dans vos conversations ?
(peur de dévoiler un côté honteux de nous-même)
Sexualité, foi, incompétence… ?
Dans quelle situation vous sentez-vous devenir nerveux, hypersensible et sur la défensive ?
L’inconfort ressenti ou la réaction excessive démontre que l’on vient d’écorcher une partie de son ombre.
Dans quelle situation avez-vous le sentiment d’être inférieur ou de manquer de confiance en vous même ?
Dans quelle situation éprouvez-vous de la honte ?
Quelles sortes de critiques vous agacent ou même vous irritent ?
Avez-vous de la difficulté à accepter un compliment ?
A propos de quoi vous sentez-vous bouleversé ou insatisfait de vous-même ?
(notre persona nous impose des idéaux de réussite, de beauté ou de perfection impossibles à atteindre. On refoule alors tout ce qui ne satisfait pas ces exigences. L’acceptation de nos imperfections démontre que l’on a commencé à apprivoiser son ombre.)
Par quelle qualité votre famille se distinguait-elle dans votre milieu ?
L’ombre familiale est ce que la famille ne s’est pas permise de vivre et d’exprimer.
2/ Analyser ses rêves
L’inconscient se permet d’exprimer sans retenue, au travers du rêve, tout ce que l’on réprime par politesse ou par limitation sociale.
3/ Etre attentif à ses fantasmes et rêveries éveillées
Ces phénomènes sont des avancées de l’ombre affleurant la conscience.
4/ Examiner de près la nature et le contenu de l’humour
L’examen de l’humour, ou encore de ses réactions à diverses formes d’humour, permet d’identifier la nature de son ombre.
En effet, le rire s’explique souvent par des répressions. Il vient désamorcer la tension entre la volonté de perfection et des penchants refoulés par le surmoi.
Pour mieux saisir notre ombre à travers l’humour, nous devons nous poser les questions suivantes : quelles situations me font le plus rire ? Dans quels domaines de l’activité humaine s’exerce mon hilarité ? Les réponses à ces questions dévoileront des côtés réprimés de notre personnalité.
5/ Exprimer ses projections sur autrui
Les projections sont la voie royale d’accès à l’ombre.
B- COMMENT RECONNAITRE L’OMBRE D’AUTRUI ?
1/ Réactions à une remarque
Si une remarque bouleverse ou irrite quelqu’un, il est probable qu’elle ait accroché une zone d’ombre de son être.
2/ L’utilisation des interdictions
L’ombre s’exprime aussi au travers des interdictions que l’on impose aux autres.
De telles interdictions révèlent souvent des résistances aux pulsions de l’ombre, qu’une saine préoccupation éducative.
3/ Les blâmes et les critiques sur autrui :
Ils ne seraient que le reflet de pièces non reconnues de notre propre autobiographie !
6ème Chapitre : REPRENDRE POSSESSION DES SES PROJECTIONS
Les côtés mal aimés de nous-mêmes, que nous tentons en vain d’éliminer de nos vies, se projettent sur les autres et nous forcent à les reconnaître.
A- QUE VEUT DIRE PROJETER SON OMBRE SUR AUTRUI ?
1/ Théorie de la projection
La projection consiste à voir, à entendre et à sentir sur un objet extérieur, des émotions, des qualités, des traits qu’on a refoulés en soi. Il s’agit d’une défense primaire du conscient contre les débordements possibles de l’inconscient. Ce mécanisme est inconscient.
L’auteur de la projection éprouvera de l’attraction, si les qualités ou les traits de caractère projetés sont considérés comme désirables pour lui ; de la répulsion, si ces qualités ou traits projetés sont menaçants pour lui. Il sera donc porté, soit à idéaliser la personne, soit à la mépriser.
2/ Projection de l’ombre dans l’amour passionnel
En phase d’attraction, l’amoureux voit dans l’autre l’incarnation de qualités qu’il désirait posséder, mais dont l’acquisition a été refoulée dans son ombre. En s’attachant à l’autre, il a le sentiment de récupérer, à son propre compte, les qualités désirées qu’il a occultées. Dans l’amour passionnel, les contraires s’attirent. Mais avec la diminution de l’attraction, les vieilles peurs, nourries par l’ombre refont surface, et, ce qui les réunissait au départ peut devenir un motif de séparation. Pour sauver leur couple et faire grandir leur union, ils devront se réapproprier leur ombre respective et rebâtir une nouvelle relation fondée sur le respect mutuel de leur personnalité.
3/ La fascination/répulsion, une caractéristique de la projection de l’ombre
Si on porte sans motif des intentions mauvaises à quelqu’un ou qu’on éprouve une admiration excessive, sans raison valable pour une personne, il est évident qu’on fait se refléter sur elle une partie secrète de soi dont on s’est efforcé de nier l’existence jusque-là !
4/ La projection et la création d’ennemis
La parole de Jésus « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » prend du sens quand on pense que très souvent, nous fabriquons nos propres ennemis en leur faisant porter le poids de notre ombre !
B- LA « REAPPROPRIATION » DES PROJECTIONS DE L’OMBRE
Le préjugé favorable ou défavorable, dont on avait affublé l’autre au départ, ne correspond pas toujours aux comportements réels de la personne porteuse de la projection.
Hélas, se défaire de ses projections n’est pas facile ! Ainsi, pour avoir à éviter de se mesurer à la réalité de son ombre, le « projecteur » est prêt à recourir à de faux arguments pour justifier ses jugements qui condamnent.
Celui qui continue de projeter sur autrui glissera peu à peu dans l’épuisement physique et la dépression psychologique (anxiété, sentiment de culpabilité, peur…). Le projecteur en dépression, s’il veut s’en sortir, sera amené à se réapproprier ses projections et à se construire une réelle estime de soi qui lui permettra de s’affirmer sainement.
Jésus-Christ dénonce les projections malsaines :
Comment peux tu dire à ton frère : « Mon frère, attends que j’ôte la paille qui est dans ton œil », toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?
Jésus exprime à sa manière, qu’avant de juger les autres, il faudrait songer à travailler sur soi et apprendre à récupérer les projections de son ombre.
Il dénonce aussi les projections méchantes, lors notamment de l’épisode sur la femme adultère. Les hommes qui l’amenaient faisaient d’elle un bouc émissaire, qu’ils chargeaient de leurs propres fautes sexuelles. Jésus leur fait prendre conscience de leur projection et les invite à assumer la responsabilité de leurs propres fautes : « Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre ».
7ème CHAPITRE : STRATEGIES POUR APPRIVOISER SON OMBRE
Pour réaliser sa réintégration, il faut recourir à des stratégies permettant de concilier les qualités et les traits de sa persona (ou ego-idéal) avec ceux de son ombre.
Cela se fait en deux étapes :
1- le moi conscient étale devant le Soi les éléments opposés de sa personnalité, c’est-à-dire une facette de l’ombre couplée avec une facette de l’ego-idéal. (ex : agressivité refoulée/douceur excessive)
2- il présente au Soi les opposés, en lui demandant d’exercer sa force d’intégration en créant un symbole unificateur (image archétypale) des traits ou qualités opposées.
A- CONDITIONS POUR ACCOMPLIR LE TRAVAIL DE REINTEGRATION DE SON OMBRE DANS SON MOI CONSCIENT
-Respecter le « temps d’incubation » propre à chacun nécessaire à l’assimilation consciente.
- Ne chercher à intégrer qu’un seul trait de son ombre à la fois.
- Faire appel à la puissance d’intégration du Soi par la prière (au Saint Esprit) en fonction de ses croyances spirituelles.
- Avoir la présence d’un « témoin-ami » qui servira de guide et d’encouragement dans les passages difficiles de l’intégration.
B- STRATEGIES POUR APPRIVOISER SON OMBRE
1/ Dialoguer avec son ombre
2/ Personnaliser son ombre et s’en faire une amie
3/Retrouver en soi l’enfant blessé qu’on a essayé de cacher et d’oublier, puis l’adopter et en prendre soin.
4/ S’identifier à ses projections
Nous devons prendre conscience, dans nos projections, que nous ne sommes pas l’objet d’attaques ou d’humiliations venant du dehors, mais que c’est bien nous qui cherchons inconsciemment à attaquer et humilier autrui.
Le fait de se reconnaître responsable des pulsions de son ombre permet d’en prendre possession au lieu de se laisser posséder par elles. (Ken Gilbert)
Ex : « tout le monde me déteste » devient « je déteste tout le monde ».
Selon l’auteur, ce procédé serait moins efficace pour une réintégration à long terme.
5/ Aider la personne à prendre conscience de l’existence en elle des deux qualités opposées, en lui montrant aussi qu’elles peuvent être complémentaires.
6/ Harmoniser les éléments d’allure contraire de l’ego-idéal (persona) et de l’ombre.
L’auteur décrit une stratégie :
a) décrire une personne qui nous est antipathique (ce qui nous fait peur, nous énerve chez elle)
b) chercher à découvrir ce que ce trait peut contenir de positif et se demander ce que l’on peut apprendre d’une telle personne
c) se demander si nous n’aurions pas besoin nous- mêmes de ce trait pour contrebalancer un côté excessif de notre tempérament. Par ex : en cherchant à découvrir l’envers positif de l’égoïsme, on découvrira la nécessité de penser davantage à soi-même.
d) procéder à un rituel avec les deux mains, au cours duquel on simule la réunion des qualités ou traits opposés ainsi que plus tard, leur réintégration.
7/ Harmoniser la persona et l’ombre à partir de la recherche de symboles
a) se concentrer et se détendre
b) si on pouvait changer d’identité, quel être aimerait-on devenir (chose, plante, animal…) ?
c) décrire son symbole à un partenaire
d) qu’est ce que vous détesteriez devenir ?
e) décrire son symbole négatif à son partenaire
f) s’imaginer voir notre symbole positif dans notre main droite et le négatif dans la main gauche
g) demander la collaboration du Soi dans l’intégration de ces deux symboles
h) laisser se rapprocher les deux mains l’une de l’autre jusqu’à l’émergence d’un troisième symbole que le Soi aura formé à partir des deux autres
8/ Dessiner des mandalas (fonction unificatrice)
Son centre polarise des éléments épars et même opposés à l’intérieur du cercle.
La complexité du psychisme y est représentée : le centre (=le Soi) polarise les diverses parties du psychisme. La partie consciente (l’ego) et la partie inconsciente (l’ombre) sont à l’intérieur du périmètre.
Méditer sur des mandalas et les dessiner, entraîne une organisation implicite des éléments disparates de son matériau psychique autour du Soi. C’est pourquoi ces pratiques contribuent à unifier la personne et à apaiser les tensions dues à la fragmentation de la personnalité. La personne toute entière sent alors qu’elle est en train de guérir et de retrouver son unité interne.
L’auteur rajoute que pour arriver à pardonner à quelqu’un, il faut d’abord se réconcilier avec l’ennemi intérieur que l’on a projeté sur lui.
8ème CHAPITRE : REINTEGRATION DE L’OMBRE ET DEVELOPPEMENT SPIRITUEL
A- LE TRAITEMENT MORAL DE L’OMBRE
W. Eichman rappelle que l’ombre fait partie de la condition humaine et qu’il est nécessaire de la convertir, et non de l’éliminer. Elle est un type de maladie causée par une programmation accidentelle faite durant l’enfance : elle n’est donc pas un « péché » en soi! Le but est donc de se guérir et de faire en sorte que la partie « blessée » retrouve son fonctionnement normal.
Par contre l’ombre ignorée devient dangereuse, car sa condition d’isolement et de séparation du Soi pourra la pousser à agir de façon diabolique !
Reconnaître son ombre ne signifie pas que l’on va passer à l’acte sous la poussée d’une pulsion ou émotion de celle-ci.
B- L’OMBRE ET LE SPIRITUEL
1/ Nécessité pour les maîtres spirituels de travailler sur leur ombre
Il est nécessaire que les accompagnateurs spirituels soient attentifs à l’existence de leur ombre et de leurs pulsions. Sinon, ils risquent d’abuser les personnes qu’ils prétendent aider au départ. Ceci se produira d’autant plus, que beaucoup d’aspirants à la vie spirituelle renoncent à leur propre jugement en matière de spiritualité pour s’en remettre sans discernement à leur gourou. On peut évoquer les différents scandales mettant en cause des religieux, des ministres, des fondateurs de sectes etc.
Ces principes sont valables aussi pour les autres aidants tels que les psychologues, médecins, travailleurs sociaux…
2/ La rencontre de l’ombre à deux moments déterminants de la vie spirituelle
Dans la vie spirituelle, la jeunesse et le milieu de la vie sont deux périodes « initiatiques » qui marquent le début de transitions majeures obligeant à opérer des changements de personnalité et à nouer de nouveaux rapports sociaux. Il est important de se confronter à son ombre pendant ces périodes.
a) la vie spirituelle à ses débuts
Elle se caractérise par la succession d’états d’exaltation et de découragements. Le novice sera invité à vivre une expérience de solitude et d’inactivité voulue, afin d’affronter ses démons intérieurs (ses obsessions, ses antipathies, ses peurs, ses répugnances …) Il apprendra ainsi à faire reposer sa vie spirituelle sur une base psychologique solide, et à digérer les divers aspects de son ombre.
b) la vie spirituelle au milieu de l’existence
A cette période de la vie, nos anciennes assurances et valeurs ont souvent été remises en question. La tentation de tout recommencer à zéro (divorcer, changer de travail ou de style de vie) est facile au lieu de faire face aux questions essentielles : « Qui suis-je ? », « Que vais-je faire du reste de ma vie ? »
La rencontre avec la partie de soi-même qui a été réprimée sous la pression de son milieu, devient inévitable. Ainsi, l’homme qui aura jusque-là ignoré son côté féminin (son côté sensible, vulnérable et dépendant), devra l’assumer, alors que la femme, qui aura occulté ses traits masculins, devra se réconcilier avec eux.
2/ Le travail sur l’ombre et la sainteté
a) perfectionnisme
Le perfectionniste qui part en guerre contre ses mauvais penchants, se met dans l’impossibilité de progresser sur le plan moral et spirituel. Il nourrit son ombre qu’il projette éventuellement sur les autres. Son manque de compassion à son égard et à l’égard d’autrui accentuera le sentiment de faillite morale et la mauvaise estime de lui.
b) la sainteté et l’acceptation des parties mal aimées de soi
Pour Jung, l’acceptation intégrale de soi, de ses grandeurs comme de ses faiblesses, constitue « l’essentiel de la question morale et le sommet de tout idéal de vie ». Dans la même lignée, il souligne que la pratique de la charité enseignée par Jésus devrait d’abord s’exercer envers nous-mêmes : c’est moi qui ai besoin de l’aumône de mon amabilité.
c) aspirations spirituelles même dans les gestes déviants
Dans toute tendance mauvaise ou compulsive se cache une aspiration spirituelle, soit au bien, au beau, au vrai, à l’amour ou au divin en soi. L’application de techniques comme la PNL permettent au sujet de la découvrir et de la réorienter. Le travail sur l’ombre consiste donc à dégager cette « parcelle d’or » des impuretés qui la recouvrent.
d) à l’origine de la sainteté, l’action du Soi
Pour Jung, le Soi est « l’image de Dieu » en chacun de nous. Le Soi recèle donc quelque chose de divin, faisant de chacun de nous un être sacré, unique et d’une valeur inestimable.
L’athée, lui, verra dans le Soi une instance du psychisme humain qu’il appellera selon sa croyance, « Amour », « Moi profond », « Sage » ou « Guide intérieur ».
Par opposition à une perfection résultant des efforts de l’ego, la sainteté serait l’effet de la grâce ou de l’action divine accueillie en toute liberté (la perfection, c’est moi qui la fabrique pour moi, la sainteté, c’est Dieu qui la donne).
Un spécialiste jungien déclare que Dieu aime plus notre ombre que notre ego. En effet,
Dieu qui habite le Soi, favorise davantage l’ombre que l’ego, parce que l’ombre, malgré son aspect dangereux, est plus près du Soi et est plus vraie.
CONCLUSION :
Le travail sur l’ombre, n’est pas réservé à une élite, il est accessible à tous. Mais il faut s’armer de courage, car il n’est jamais terminé : chaque fois qu’on en apprivoise une partie, un nouveau paysage de nous-même se dévoile et demande à être exploité !
Une fois dépassées les ombres familiales, culturelles et nationales, il nous faudra entrer dans la zone d’ombre qui soutient les traits du sexe opposé. Ainsi, pour rejoindre les richesses de son Moi profond, l’homme aura à accueillir son anima (c’est-à-dire sa femme intérieure), avec son émotivité et sa sensibilité, tandis que la femme aura à embrasser son animus (homme intérieur) avec sa force, son courage et son initiative. (voir schéma de la conception du psychisme de Jung qui explique que l’anima et l’animus sont les gardiens du Soi).
En conclusion, l’auteur nous laisse méditer sur une phrase du prêtre sociologue Jacques Grand’Maison :
« Il y a des passages de l’ombre qui creusent une profondeur d’âme, une mémoire, un horizon, et surtout une richesse intérieure capable de nous faire rebondir en goût de vivre, d’aimer, de lutter et de foncer dans l’avenir de cette foulée de vie. »
source:
http://www.relation-aide.com/dos_description.php?id=125
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